Y a-t-il encore un chauffeur dans le camion ?

Au Nevada, ce poids lourd conduit tout seul
PAR CARL GUILLET : OUEST FRANCE

Il existe un endroit au monde où l’on peut téléphoner au volant sans culpabiliser ; le Nevada, aux États-Unis. À condition d’être chauffeur routier. Depuis peu, des camions semi-autonomes peuvent y circuler
Le conducteur contrôle les paramètres de conduite sur tablette tactile. Il peut reprendre le volant à tout moment.

Ces véhicules de plusieurs tonnes ont déjà roulé des milliers de kilomètres, sans qu’aucun homme ne mette la main au volant. Le constructeur allemand Daimler fait désormais rouler ses camions semi-automatiques sur les routes de l’État du Nevada
Le gouverneur du Nevada, Brian Sandoval, a remis très officiellement des plaques d’immatriculation à deux de ces camions, début mai. Un jour historique a-t-il lancé. Le Nevada était déjà le premier État à avoir autorisé la circulation de la Google Car, la fameuse voiture autonome.

Le camion qui a tout capté

Comment ça marche ? L’Inspiration exige encore la présence d’un chauffeur. Mais, une fois sur l’autoroute, c’est le véhicule qui prend les commandes. Équipé de caméras et de capteurs, il maintient une distance de sécurité avec les autres véhicules et détecte le marquage au sol et le relief. On peut programmer les paramètres de vitesse, le freinage, la direction assistée… Tout se contrôle depuis une tablette.


Les radars du poids lourd balayent la route sur 250 mètres et scrutent l’environnement sur 70 mètres.

Interdiction cependant de roupiller. Si le camion ne sait pas répondre à une situation, il demande au chauffeur de reprendre le volant. Si celui-ci ne répond pas aux signaux, le poids lourd… s’arrête de lui-même.

Moins d’accidents, moins de stress…

L’argument principal avancé par Daimler est la sécurité. Selon le premier constructeur mondial de camions, des accidents impliquant un poids lourd aux États-Unis résulteraient d’une erreur du conducteur. La fatigue en serait la cause dans un cas sur huit.
S’il n’a plus les mains sur le volant, que devient le chauffeur routier ; ? Daimler voit le métier évoluer vers celui de « manager logistique » le pilote occuperait son temps à d’autres tâches (préparation de la commande, du plan de transport…)

Le pilote, un commandant de bord

De plus, aux États-Unis, le métier de conducteur n’attire par les vocations. En France aussi, on aimerait recruter plus facilement. Ce sont de nouvelles tâches à intégrer à la formation de demain. On peut comparer le métier à celui de commandant de bord dans les avions, explique Benoît Daly, secrétaire général de la Fédération nationale du transport routier. Le côté technologie va intéresser.


Des pelotons comme au Tour de France

Faire des économies, c’est aussi le credo du camion de Daimler. Car la conduite apaisée et tout en contrôle de l’ordinateur permet d’économiser le carburant il représente jusqu’à 30% des charges des transporteurs.
Cela, le constructeur suédois Volvo l’a bien compris. Fin avril, il a investi 16 millions de dollars dans Peloton Technology. Cette start-up californienne développe un système de communication entre véhicules, basé sur des radars. Sa particularité ? Il permet à quatre ou cinq camions qui se suivent d’accélérer ou de ralentir simultanément.
Les constructeurs développent des systèmes de « pelotons », qui permettent aux camions de se coller sans danger.


Les poids lourds peuvent se coller et former un peloton.

Comme pour les cyclistes du Tour de France, ils réduisent ainsi leur résistance à l’air et économisent du carburant. En fin de convoi, les conducteurs des poids lourds peuvent allègrement piquer un somme
Son concurrent Scania a développé un système similaire, testé dès 2012 en Suède. Ses véhicules peuvent ainsi économiser jusqu’à 15 ;% de carburant.

Bientôt sur nos routes ?

Les chauffeurs routiers ne sont pas prêts de disparaître, mais les camions semi-automatiques font petit à petit leur place. Daimler testera bientôt son système en Allemagne, sur ses camions Mercedes, mais sur voies privées .Il ne faut pas s’attendre à voir ces camions sur les routes avant une bonne dizaine d’années tempère Benoît Daly.

Le « Freightliner Inspiration » de Daimler a effectué plus de 16000km de test avant de rouler sur des routes ordinaires
La Google Car n’a qu’à bien se tenir. Le camion, par nature, a toujours été très en avance sur les voitures, notamment pour la sécurité rappelle le secrétaire général. En effet, les poids lourds, qui roulent en moyenne 120000km/an en France, atteignent rapidement leur fin de vie, avant d’être remplacés par des véhicules plus modernes. Et dès novembre, l’Europe va exiger de tous les camions neufs qu’ils soient équipés d’un système d’aide au freinage d’urgence. Un système qui n’existe pour l’instant que sur les voitures les plus haut de gamme.
Le Freightliner Inspiration est-il une révolution ? Plutôt une évolution ! Car si les camions high-tech et la Google Car peuvent surprendre, leur technologie n’est pas si jeune : le tout premier système de détection des obstacles, testé par General Motors, équipait des voitures dès… 1988.